Le professeur Godé Mpoy alerte sur les risques économiques liés à l’appréciation du Franc congolais

L’ancien président de l’Assemblée provinciale de Kinshasa et économiste congolais, le professeur Godé Mpoy, tire la sonnette d’alarme sur les conséquences économiques de l’appréciation rapide du Franc congolais face au dollar américain.

Dans une analyse diffusée ce lundi 13 octobre, il qualifie cette évolution de “mouvement économicide”, estimant qu’elle menace l’équilibre budgétaire et la stabilité financière du pays.

Selon le professeur Mpoy, la République démocratique du Congo étant un “État fiscal”, la majeure partie de ses recettes publiques dépend directement de la fiscalité et donc de la parité entre le franc congolais et le dollar.

“Les recettes de la DGDA, de la DGRAD et des régies provinciales sont quasi totalement alignées sur ce taux. Une appréciation excessive du franc entraînera mécaniquement un effondrement des recettes en monnaie locale”, prévient-il.

L’économiste redoute un déficit budgétaire profond, la masse salariale risquant de dépasser la moitié des recettes courantes de l’État.

À ses yeux, cette situation pourrait exposer le Gouvernement à de graves difficultés de trésorerie. Par ailleurs, il souligne que les ménages verront leur pouvoir d’achat s’éroder, tandis que les entreprises dont les revenus sont majoritairement en dollars mais les charges en francs congolais pourraient être contraintes à des congés techniques ou au chômage partiel.

Sur le plan financier, Godé Mpoy avertit que l’augmentation des réserves obligatoires des banques commerciales, décidée par la Banque centrale du Congo (BCC) pour accompagner cette politique de change, constitue “une charge supplémentaire risquant d’aboutir à l’instabilité du système bancaire”.

Il juge également “inadmissible” que la BCC utilise les réserves de change pour soutenir artificiellement la monnaie nationale, rappelant que ces réserves “proviennent principalement des appuis du FMI et du rachat de la fiscalité, et non des excédents commerciaux”.

Selon lui, ces fonds ne devraient être mobilisés “qu’en cas de crise majeure”.

Pour corriger le tir, le professeur Mpoy recommande à la Banque centrale d’arrêter la collecte du premier et du deuxième palier des réserves obligatoires, de rendre une partie des montants déjà prélevés et de renforcer le contrôle du rapatriement des devises par les entreprises minières.

“Ce n’est pas à l’économie de venir vers nous, c’est à nous d’aller vers l’économie. Si nous aimons l’économie, l’économie nous aimera”, conclut-il, en appelant à une politique monétaire plus pragmatique et mieux alignée sur les réalités du terrain.

La rédaction

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