​RDC : «Meurtres, viols et enlèvements…», Human Rights Watch documente un mois d’occupation «cruelle» d’Uvira par l’armée rwandaise et le M23

Dans un rapport accablant publié ce 14 mai 2026, l’organisation Human Rights Watch (HRW) documente un mois de terreur dans la deuxième ville du Sud-Kivu. Exécutions sommaires, viols et disparitions forcées ont été systématiquement pratiqués entre décembre 2025 et janvier 2026.

Le titre du rapport de 23 pages sonne comme un cri de détresse : « “Nous sommes des civils !” : Meurtres, violences sexuelles et enlèvements perpétrés par le M23 et les forces rwandaises à Uvira ». Publié ce jeudi, ce document lève le voile sur les atrocités commises durant l’occupation de la ville, du 10 décembre 2025 au 17 janvier 2026.

Cette offensive a débuté quelques jours seulement après la signature des accords de Washington, censés instaurer une trêve sous l’égide des États-Unis. Une situation qui s’est traduite sur le terrain, par un déchaînement de violence contre les populations de la ville d’Uvira.

​L’enquête, qui s’appuie sur plus de 120 entretiens réalisés au printemps 2026, dresse une chronologie de l’horreur. D’abord, les exécutions sommaires : Plus de 50 personnes, principalement des hommes et des garçons, ont été exécutées lors de perquisitions de porte à porte. Ensuite, les violences sexuelles : Au moins 8 cas de viols ont été documentés, dans un contexte d’absence totale de soins médicaux d’urgence. Enfin, les disparitions : 12 cas d’enlèvements et d’enrôlements forcés ont été recensés, ces personnes sont toujours portées disparues.

​« Après avoir pris le contrôle d’Uvira, les combattants du M23 et les forces rwandaises ont procédé à des arrestations sommaires et commis des viols », déclare Philippe Bolopion, directeur exécutif de HRW. « Nous n’avons peut-être fait qu’effleurer le problème », regrette-t-il face à l’ampleur du désastre.

​Le rapport décrit des scènes de chaos dès l’entrée des troupes dans la ville. Un témoin raconte avoir vu son frère, sa belle-sœur et leurs deux enfants s’effondrer sous les balles alors qu’ils tentaient de fuir vers le lac. Une fois la ville sous contrôle, les forces d’occupation ont traqué systématiquement les civils soupçonnés avoir de liens avec les groupes d’autodéfense Wazalendo, alliés au gouvernement congolais, transformant les quartiers résidentiels en zones d’exécution.

​L’implication directe de Kigali est une nouvelle fois pointée du doigt. Si le Rwanda a toujours nié son soutien au M23, le gouvernement américain a déjà tranché en imposant, le 2 mars dernier, des sanctions contre l’armée rwandaise et ses commandants pour leur rôle à Uvira.

​Face à l’ampleur des crimes, Human Rights Watch appelle à des mesures immédiates : des enquêtes internationales à travers une saisine de la Cour pénale internationale (CPI) et un soutien à la Commission d’enquête de l’ONU; et la préservation des preuves à travers la protection des nombreuses fosses communes identifiées dans la ville.

Quant à la responsabilité congolaise, Human Right Watch appelle Kinshasa à cesser son soutien aux Wazalendo, également accusés d’exactions, et à garantir la protection des témoins.

​À ce jour, ni le gouvernement rwandais, ni Bertrand Bisimwa, chef politique du M23, n’ont répondu aux sollicitations de l’organisation de défense des droits humains. « Les victimes réclament justice. L’impunité ne peut plus alimenter ces crimes », conclut Philippe Bolopion.

Tony-Antoine Dibendila

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