Le Prix Nobel de la paix 2018, Denis Mukwege, a vivement critiqué le débat en cours au Parlement sur l’adoption d’une loi relative au référendum, estimant qu’il pourrait ouvrir la voie à une modification de la Constitution permettant au président de la République de briguer un troisième mandat.
Dans un communiqué publié le vendredi 29 mai 2026, le médecin congolais s’interroge sur la pertinence d’un tel débat alors que la République démocratique du Congo fait face, selon lui, à des défis majeurs, notamment l’épidémie d’Ebola, l’insécurité persistante dans l’Est du pays et la situation humanitaire de millions de personnes affectées par les conflits armés.
Denis Mukwege juge incompréhensible que les institutions concentrent leurs efforts sur une réforme constitutionnelle dans un contexte marqué par l’occupation de certaines zones du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l’Ituri par des groupes armés et des forces étrangères. Il affirme que la priorité devrait être accordée à la protection de la population et à la préservation de l’intégrité territoriale du pays.
Le lauréat du Nobel critique également les membres du Parlement qu’il accuse de privilégier leurs intérêts personnels. Selon lui, les avantages financiers accordés aux élus expliqueraient leur soutien à un projet qu’il considère contraire aux intérêts de la nation.
Dans son message, Denis Mukwege réserve une part importante de ses critiques aux députés élus dans les provinces de l’Est. Il estime que ceux-ci devraient se préoccuper davantage des souffrances de leurs électeurs confrontés à l’insécurité, à la perte de leurs moyens de subsistance et à l’épidémie d’Ebola.
L’ancien candidat à l’élection présidentielle s’en prend également à l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS), qu’il accuse d’avoir abandonné les idéaux de lutte démocratique qui ont marqué son histoire. Il va jusqu’à évoquer des soupçons de connivence entre le régime en place et les forces qui œuvreraient à la balkanisation du pays.
S’adressant directement au président de la République, Denis Mukwege l’exhorte à renoncer à toute initiative susceptible de modifier les règles constitutionnelles relatives à la limitation des mandats. Il l’invite à écouter les préoccupations de la population et à éviter une décision qui, selon lui, pourrait être sévèrement jugée par l’histoire.
Le Prix Nobel conclut son message par un appel à la mobilisation des Congolais pour défendre l’unité nationale et préserver l’existence de la République démocratique du Congo qu’il qualifie d’« une et indivisible ».
Franck Mubeneshay
