La République démocratique du Congo vit une phase critique dans la défense de ses intérêts structurels avec l’intensification d’un autre front, plus subtil mais non moins ravageur, celui de la diabolisation des cadres pour obtenir une élimination politique au profit des forces de la manipulation.
Depuis quelques temps nous vivons des moments où l’on n’attaque plus une politique, ni même un bilan : on attaque des personnes, à la machette numérique, pour faire saigner l’autorité de l’État.
Deux ministres aujourd’hui sont cloués au pilori, accusés de trahison, associés à des “opérations maffieuses”, livrés à la vindicte comme si la rumeur faisait office d’instruction judiciaire. Qu’il y ait, ou non, matière à enquête, une chose saute aux yeux : la méthode ressemble à une stratégie de guerre, une guerre de perception où la diabolisation tient lieu d’artillerie, et où l’objectif final n’est pas seulement d’abattre des collaborateurs — mais de fragiliser le Président en isolant son entourage, en saturant l’opinion de soupçons, et en réclamant une justice expéditive sous la pression émotionnelle. Cette tribune ne demande ni impunité ni silence.
Elle demande la seule chose qui protège une nation en temps de turbulence : la vérité, la procédure, et la vigilance face aux opérations d’influence.
La mécanique est évidente : salir pour gouverner la peur. La diabolisation moderne suit une grammaire précise : Accusation maximale (trahison, mafia, complot) — des mots qui tuent socialement mais preuves minimales (captures partielles, “sources”, montages, insinuations). Et tous ces faits non certifiés font l’objet d’une répétition industrielle sur radios, plateaux, réseaux, “médias militants”. Comment ne pas assister à une inversion morale : celui qui demande des preuves devient “complice”. Tout cela devient une pression sur la justice : on veut une condamnation rapide, spectaculaire, exemplaire.
C’est la logique du “tribunal de l’opinion”, qui ne cherche pas à établir les faits, mais à produire un effet : le mépris. Or, en période de guerre ou de tensions régionales, la désinformation et la manipulation du débat public se multiplient — y compris en RDC, où plusieurs organisations ont documenté la circulation de faux contenus et d’images manipulées lors des séquences politiques sensibles. Le vrai but : atteindre le chef en cassant ses proches.
Dans l’histoire des États, la méthode est vieille : on n’entre pas toujours par la grande porte, on entre par les fissures. Quand on ne peut pas renverser une légitimité de front, on l’use par le soupçon : on discrédite les collaborateurs ; on accuse le chef de les “couvrir” ; on installe l’idée d’un pouvoir “capturé” ; on fracture la majorité, on refroidit les alliés ; on crée un climat propice aux ruptures internes. C’est une stratégie d’isolement politique par la honte : faire du Président le dernier défenseur d’hommes déjà condamnés médiatiquement.
Avec le Rwanda dans les parages, il est essentiel de faire attention à une guerre hybride avec ses relais “conscients / inconscients” : attention aux pièges car la région des Grands Lacs est un théâtre où s’entremêlent opérations militaires, diplomatie, économie, et guerre informationnelle.
Même des institutions internationales et médias internationaux décrivent le conflit à l’Est comme une zone saturée d’accusations croisées, de propagande et de brouillard informationnel. Mais il faut être rigoureux : accuser sans preuve “des sources au sein de l’appareil d’État” peut devenir… exactement ce que l’on dénonce : une généralisation émotionnelle.
Dans ces genres de situation il est conseillé aux décideurs d’adopter une posture républicaine qui consiste à reconnaître que des opérations d’influence existent et cherchent des relais. Qu’il est essentiel de refuser la paranoïa, mais refuser aussi la naïveté. Exiger des faits : qui publie quoi, avec quelles “preuves”, selon quelles temporalités, avec quels réseaux de relais ? Dans beaucoup de cas, l’efficacité de ces offensives vient justement de relais inconscients : indignation sincère, rivalités internes, règlements de comptes, appétits politiques — qui deviennent des accélérateurs d’une stratégie venue d’ailleurs.
Pour éviter des diabolisations en cascade et ne pas fragiliser le système de défense il est essentiel que les décideurs fassent attention et mettent en vision d’une cryptique constitués des lignes rouges à ne jamais franchir notamment le fait que la vérité n’a pas peur d’une enquête et que s’il y a des faits, qu’ils soient établis par les organes compétents. Deuxièmement la justice n’est pas un spectacle : elle ne doit pas être dictée par les tendances et les “hashtags”. Et enfin la presse n’est pas une caserne : informer n’est pas exécuter. Le pays a besoin d’une presse ferme, oui — mais ferme face aux faits, pas docile face aux campagnes. Ce que l’État (et la société) doit faire immédiatement c’est d’organiser une communication de crise disciplinée : chronologie, pièces vérifiables, éléments de contexte, porte-parole unique, langage sobre. Il faut éviter de sombrer dans les réactions épidermiques mais de construire un système réponses par preuves, pas par injures, mais une contre-attaque solide, factuelle, répétée.
Que les experts procèdent aux vérifications indépendantes en encourageant les fact-checking, et permettent l’accès aux documents non sensibles. Dans ce combat de la manipulation il essentiel de pouvoir démonter les montages. Il revient aux autorités de rappeler la nécessité et l’urgence de la protection des institutions. Des valeurs qui fondent la démocratie comme le respect de la procédure, la présomption d’innocence, et les voies de recours. Le pays ne peut être aussi ouvert aux attaques par la diabolisation sans se doter des moyens comme le fait de cartographier les réseaux de diffusion d’identifier les comptes/pages qui coordonnent la propagation (sans censure aveugle, mais avec traçabilité). Dans les pays confrontés à la guerre hybride, l’enjeu n’est pas seulement “qui a raison”, mais comment la société résiste à la saturation mensongère.
Aujourd’hui les deux ministres ciblés peuvent être les premiers d’une série car aussitôt des proches de Guy Loando et de Jose Mpanda ont réagi a des communications acides, un autre texte a pris à partie le ministre de la défense le VPM Guy Mwadiamvita. Difficile de croire à une coïncidence sinon comment des attaques sont orchestrées dans une période où l’on parle de la contre-offensive, des dialogues et des contrats stratégiques ? il y a forcément des personnes qui veulent gagner des espaces autour du Président Tshisekedi, mais aussi le dépouiller de ces fidèles lieutenants en période de resserrement des liens car devant s’ouvre un chapitre difficile, celui de négocier la paix dans un contexte de grande déflagration sociale.▪️
Tribune du professeur Antoine de Saint Exupéry Mulenga/Géo-stratégiste
