Face à «un complot ourdi», Bahati Lukwebo accepte «l’humiliation» et opte pour un repli stratégique [Grand Angle]

Le Président ​Félix Tshisekedi lâche-t-il ses alliés historiques ? La question se pose après son silence, qualifié de « complice » par certains, lors de la démission de Modeste Bahati Lukwebo du poste de deuxième vice-président du Sénat. Ce départ qui rappelle celui d’un autre poids lourd de l’espace Grand Kivu, Vital Kamerhe, de la tête de l’Assemblée nationale, dessine une tendance inquiétante. Le Chef de l’État cherche-t-il à susciter l’émergence de nouveaux leaders dans l’Est après cette mise à l’écart « apparente » des figures historiques ?

Ce contexte engendre une frustration légitime, particulièrement pour Modeste Bahati. Ce dernier a cru en Félix Tshisekedi dès le premier jour, jurant loyauté et fidélité, une promesse qu’il a maintenue même après son retrait du Bureau du Sénat. Pourtant, l’homme souffre dans sa chair : victime directe de l’agression rwandaise via le M23-AFC, il a vu ses biens pillés, ses immeubles occupés par la rébellion et des proches tomber sous les violences de cette guerre.

​Subir une telle « humiliation politique » semble d’autant plus amer que Bahati fut le cerveau du basculement de la majorité parlementaire. Nommé informateur fin 2020 après la rupture de la coalition FCC-CACH, il s’est démené pour offrir à l’Union Sacrée une assise confortable au Parlement.

En se séparant des prestiges qu’offrait la proximité avec Joseph Kabila, alors que l’ex-Président contrôlait encore 70 % de l’appareil étatique au début de la gouvernance de Félix Tshisekedi, le Professeur Lukwebo a apporté une bouffée d’oxygène vitale au combat du fils d’Étienne d’heureuse mémoire.

​Aujourd’hui, la question de la prudence se pose. Est-il judicieux pour « Fatshi » de fragiliser le pacte politique et moral qui le lie à l’autorité morale de l’AFDC-A ? Malgré les risques tangibles pris par le passé, Bahati Lukwebo continue de croire en l’action du Chef de l’État.

Cependant, pour de nombreux analystes, une indifférence croissante s’installe à la présidence vis-à-vis des alliés de la première heure. ​Cette stratégie, si elle vise à consolider un pouvoir de plus en plus centralisé, comporte le risque de l’isolement politique.

En plaçant sur les bancs de touche ses piliers dans le Kivu, le Président Tshisekedi pourrait s’exposer à un effritement de sa base sociologique dans une région déjà meurtrie par l’insécurité, et qui attend des signaux forts de reconnaissance et de protection.

Si la loyauté du Professeur Modeste Bahati est pour l’instant inébranlable, la frustration perpétuelle pourrait fragiliser son dynamisme politique. Sacrifier ses artisans historiques au profit d’ambitions de renouvellement pourrait bien priver le Président Tshisekedi de rempart en cas des secousses institutionnelles.

Pour l’heure, le malaise au sein de l’Union Sacrée de la Nation est palpable. Le Chef de l’État devra soit rassurer ses partenaires historiques par des gestes concrets, soit assumer en cavalier solitaire ou aux côtés des « menus fretins » le poids d’un exercice du pouvoir qui, sans alliés de poids, pourrait s’avérer tortueux▪️

Doux-Jesus Beledu et Tony-Antoine Dibendila

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