Le secteur des Transports à Kinshasa, preuve d’une gouvernance provinciale fantomatique [Chronique]

La ville de Kinshasa, habituée à une circulation intense et violente, s’est réveillée le lundi 20 Janvier sous une ambiance terne. Seuls les véhicules de transport personnel et les taxi-motos circulent. Les taxis et les bus de privés sont absents des artères kinoises, ils sont en grève. Que se passe-t-il réellement ?
Les conducteurs et leurs patrons ne sont pas d’accord de la nouvelle grille tarifaire publiée par l’autorité urbaine, estimant qu’elle ne reflète pas la réalité et qu’elle ne prend nullement en compte leurs défis quotidiens marqués principalement par des vastes embouteillages.

Alors que quelques mois plus tôt, grâce aux importants efforts déployés par le Ministère national de l’Economie courant 2024, le prix du carburant avait systématiquement été réduit en Octobre dernier de 13%, une baisse inédite solennellement saluée par toutes les parties, de chauffeurs de taxis aux associations de ces derniers, en passant par les usagers de transports en commun. Conséquence, les autorités provinciales et les associations du secteur des transports en commun ont décidé à l’unisson de revoir les prix des différentes courses. Car la finalité de cette reduction du coût du carburant était la protection du pouvoir d’achat des congolais lambdas.

Comment expliquer alors, après moult discussion de mois durant, ayant abouti à l’élaboration d’une nouvelle tarification officielle, les conducteurs et leurs patrons changent unilatéralement de posture et tiennent au maintien des prix d’alors quoiqu’il y a eu baisse du coût du carburant, leur bête noire ?

La réponse réside dans la perception publique d’une gouvernance chaotique de Kinshasa. Depuis trop longtemps, le secteur des transports était, à l’image de la capitale, objet d’un abandon généralisé et de l’incurie : prix de la course inconnu, pas de ticket remis après la paie, phénomènes « demi-terrain » qui consiste à raccourcir de manière unilatérale le trajet et « Madesu ya bana » qui n’est rien d’autre que la corruption acceptée par certains agents de la Police de circulation, Infrastructures routières oubliées mais restes l’unique voie de déplacement de masse dans une mégapole de près de 20 millions d’âmes… Les passagers abandonnés à leur triste sort.

Une confusion devenue la norme et ignorée par les Gouverneurs qui se sont succédés, d’ailleurs très occupés par le lucre et le bien-être de leurs concubines, et acceptée par effet d’habitude par une population championne en résilience. Jusqu’à ce que les embouteillages monstres, insoupçonnés, apparaissent et perturbent la quiétude de tout le monde, Gouverneur, Ministres et leurs suites, y compris.

Tout le monde se rend enfin compte, car la réalité ne peut indéfiniment être ignorée, que la négligence avait pris des proportions difficiles à remédier. Face à l’embrouillamini dans le secteur des Transports, le Gouvernement central est entré en jeu. Vite, plusieurs initiatives sont prises : la construction des Rocades pour contourner la ville, les études de faisabilité du projet Metrokin visant à lancer un train urbain et de l’exploitation du Fleuve Congo par des taxis et bus fluviaux… Après que les sept sauts-de-mouton précédemment érigés dans certains axes routiers à grade circulation, se sont avérés une goutte d’eau dans l’océan. Sauf que pour l’instant, certains projets évoluent rapidement et d’autres, à pas de tortue.

En parallèle, des mesures, telle que la circulation alternée, sont prises, avec un succès relatif, pour atténuer les embouteillages qui sont aujourd’hui présentés par les conducteurs comme le principal motif du refus de la nouvelle grille tarifaire des transports en commun, alors que nul n’ignore qu’ils refusent tout simplement de perdre leurs profits, illicitement accumulés durant des années de l’inattention coupable des autorités publiques.

Aujourd’hui, face au fait, le Gouverneur Daniel Bumba six mois depuis son entrée en fonction, avec un charisme douteux et une gestion remise en cause, saura-t-il venir à bout de la régulation de la mobilité urbaine à Kinshasa, caractérisée par un mélimélo légendaire et une confusion digne de Far-West ? On aurait bien voulu croire, mais, hélas…

Tony-Antoine Dibendila

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