RD Congo : changement de la Constitution – le revers d’une confrontation politique «sans merci»

C’est le chef de l’État congolais Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo en personne, qui a ouvertement lancé le grand débat lors de son dernier périple dans le Nord-Est du pays. Au cours d’un long meeting à Kisangani en Octobre, il a clairement dévoilé ses intentions sur l’avenir de la constitution congolaise actuelle datée de 2006. Face à un public acquis à sa cause, le président réélu il y a à peine moins d’une année, a estimé que la Loi suprême de la RDC contenait des incongruités, et était à « revoir » ou carrément à « changer. » Débat relancé lors de sa tournée de Novembre dans l’espace Grand Katanga au Sud-Est.

Surtout que ladite Loi a été rédigée « à l’étranger et par les étrangers » toujours selon Félix Tshisekedi, les intellectuels congolais devant désormais s’y pencher pour déterminer l’avenir à réserver à cette constitution dite « des belligérants » car conçue à la sortie de la Deuxième guerre du Congo et à l’issue du Dialogue intercongolais de Sun City entre 2001-2002 pour notamment sceller « une paix des braves » entre les parties en conflits : notamment le Gouvernement de l’époque représenté par l’ex-président Joseph Kabila, les groupes armés comme le RCD d’Azarias Ruberwa porté par le Rwanda de Paul Kagame et le MLC de Jean-Pierre Bemba soutenu par l’Ouganda de Yoweri Museveni, et l’opposition politique incarnée par l’UDPS du feu Étienne Tshisekedi Wa Mulumba, le père du président en exercice en RDC. Des épisodes de triste mémoire dans l’histoire politique du Congo-Kinshasa.

S’il faut remonter le temps, l’UDPS et ses alliés de l’époque dont la puissante Église catholique, avaient boycotté cette constitution promulguée en 2006. Le défunt Étienne Tshisekedi promettant d’ailleurs de la revoir une fois son parti au pouvoir. Un projet toutefois tombé dans les oubliettes car le dynamisme politique a contraint l’opposition, la société civile et même l’Eglise catholique à s’approprier cette Loi suprême, se transformant en des véritables défenseures de ladite constitution, quoique ses « tares » décriées n’ont jamais été supprimées. D’autres « vices » étant d’ailleurs rajoutés lors de la révision constitutionnelle de 2011.

Le retour du projet oublié

Le souhait pour l’UDPS, parti jadis à l’opposition, au pouvoir depuis 2019, de révisiter la constitution de 2006 a été ouvertement rendu public durant la campagne électorale de 2023, le président Félix Tshisekedi candidat à sa propre succession étant lui-même le porteur de ce discours. Mais il n’était pas le seul candidat président de la République à proposer cette révisitation. Les opposants Delly Sessanga et Moïse Katumbi ont également porté largement l’idée de « révision constitutionnelle. »

En réalité, ce projet ne date pas d’hier. Cette révision ou ce changement de constitution a été le cœur de la lutte de l’opposition et de ses alliés dès le lendemain de la promulgation de ladite Loi en 2006. D’ailleurs l’ensemble de l’élite politique ou intellectuelle congolaise est d’avis qu’il est vital de la « retoucher. » Seulement, pour les raisons de tactique politique et de stratégie de repositionnement, certains hésitent à y aller. Non sans raison.

Car le principal parti au pouvoir l’UDPS qui fait pour l’instant cavalier seul dans sa démarche, est désormais clair. Il milite non pas pour la révision mais pour « le changement de la constitution, qui est désormais une question de vie ou de mort », a récemment précisé au cours d’un meeting son secrétaire général Augustin Kabuya, fidèle des fidèles de Félix Tshisekedi.

Or, qui dit changement de la constitution en RDC, dit avènement de la 4ème République. Celle-ci remettra théoriquement les compteurs des mandats présidentiels à zéro et tout le monde pourrait désormais se lancer dans la compétition électorale pour la Présidence de la République. Félix Tshisekedi, son prédécesseur Joseph Kabila et même ceux inquiétés par certains articles constitutionnels comme l’ancien vice-président Jean-Pierre Bemba, auront une nouvelle fois la voie ouverte. Mais les possibilités d’actions seront déséquilibrées : le détenteur de l’impérium au moment des nouvelles élections a toujours plus des cartes possibles. C’est ce que craint justement l’opposition. À tort ou à raison.

Large consensus

Quand bien même le président Félix Tshisekedi veut rassurer quant à son avenir politique, évoquant à plusieurs reprises son désintérêt vis-à-vis « d’un prétendu troisième mandat », la constitution en vigueur ne prévoyant qu’un mandat présidentiel de 5 ans une seule fois renouvelable, l’opposition reste catégorique. Pour celle-ci, « Tshisekedi ment, il veut revoir la constitution pour s’éterniser au pouvoir », s’il faut reprendre Emmanuel Ramazani Shadary, chef de file du PPRD, parti de l’ex-président Joseph Kabila.

D’où l’offensive lancée par les forces de l’opposition politique à travers une campagne surnommée « Non au changement de la constitution, non au 3ème mandat pour Tshisekedi. »
Dans un contexte de confrontation, qui remporte la bataille de l’opinion fait passer son agenda.

Jusque-là, les intentions du parti au pouvoir sont évidentes : changer la constitution. « Une commission sera mise en place en 2025 pour éclaircir les donnes », a promis Félix Tshisekedi.

Alors, quel est l’agenda de l’opposition ?
1er angle, bloquer la reforme constitutionnelle et espérer faire partir Tshisekedi et sa machine politique à la fin de son deuxième mandat. Ce qui serait une erreur de calcul monumentale car la Loi suprême en vigueur, elle-même, offre dans ses articles 70 alinéa 2, 85, 86, 143, 144 et 145, les possibilités au président en exercice de prolonger largement son dernier mandat.
Puis de s’offrir au bout de ce long tunnel qui pourrait essouffler davantage une opposition en quête de se reconstituer, un successeur de son goût issu de ses rangs, maintenant l’UDPS à la tête du pays.

2ème angle, mener des actions de terrain en espérant créer un catalyseur permettant d’engendrer des vastes manifestations populaires contre le pouvoir. Ici aussi, Félix Tshisekedi étant l’autorité politique de référence d’un parti de masse, l’opposition pourrait faire face à ses militants qui lui avouent une allégeance quasi-religieuse. Tout le monde garde à l’esprit l’audace des partisans de l’UDPS. Enfin de compte, les forces de l’ordre vont départager les parties pour préserver la paix civile, en faveur de la gouvernance actuelle…

3ème angle pour l’opposition, l’agenda le plus plausible et le plus réaliste, pourrait être celui de continuer à pousser grâce notamment à des arguments appropriés et solides, en vue d’obtenir un consensus à travers, soit « un Gouvernement de très large union nationale », ou encore « une courte transition politique », avec pour objet, dans les deux cas, de mener à termes et dans la concorde, la réforme constitutionnelle voulue par « le garant de la nation », selon les termes constitutionnels.

Sachant que le texte qui devra définir l’avenir, amortir l’advenir et réfléchir le devenir d’une Nation ne peut être l’objet des réflexions d’un seul camp politique, l’opposition pourrait obtenir gain de cause et jouer sa partition au nom du salut public.

C’est ici que les opposants de tous bords, extrémistes ou modérés, devraient faire battre leurs cœurs.

Tony-Antoine Dibendila et Beledu Doux-Jésus

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