Indiscipline routière, embouteillages… dommage, l’opération «MMPRR» n’arrive pas à sauver Kinshasa [Reportage]

Depuis le 26 janvier 2026, le gouverneur de la ville de Kinshasa Daniel Bumba a engagé une vaste opération de régulation de la circulation routière et de contrôle des véhicules, à travers le programme baptisé Mission mixte permanente de régulation routière (MMPRR). But recherché, restaurer l’ordre, la discipline et l’autorité de l’État sur la voie publique. Présentée comme une réponse forte au chaos urbain, cette initiative mobilise plus de 3 000 agents déployés sur les principaux axes et carrefours de la capitale. Deux mois après, l’heure est à l’évaluation, bien que le bilan actuel apparaisse contrasté, voire préoccupant.

À ses débuts, l’opération avait suscité un réel soulagement. Les contrôles stricts des documents tel que permis de conduire, assurance, vignette, contrôle technique avaient entraîné le retrait temporaire de nombreux véhicules non en ordre.

Le résultat avait abouti à une circulation plus fluide, des embouteillages en nette diminution et une impression générale de retour à l’ordre dans cette ville réputée pour son anarchie routière. Mais cet effet n’aura été que de courte durée. Car très vite, la situation est quasiment revenue à son état d’avant.

Les embouteillages ont repris leur intensité habituelle sur plusieurs axes stratégiques de la capitale. Sur l’avenue de La Libération ex-24 novembre, notamment entre la Cathédrale Notre-Dame du Congo et le Boulevard du 30 Juin, les bouchons sont de retour et presque permanents.

Même constat vers le Boulevard Lumumba principalement au niveau de l’entrée Funa, ou encore au croisement de l’avenue Kasa-Vubu et du Boulevard Triomphal.

Plus inquiétant, certains embouteillages persistent jusque tard dans la nuit, comme le vendredi 20 mars où la circulation était paralysée jusqu’à 22h30 à l’entrée Funa, alors même que les agents de l’opération MMPR avaient quitté leurs postes depuis plusieurs heures.

Un constat qui soulève une question : l’objectif de fluidification du trafic est-il réellement poursuivi ?

L’un des principaux reproches formulés par les usagers concerne le rôle des agents déployés. Initialement chargés à la fois de contrôler et de réguler la circulation, ces derniers semblent aujourd’hui focalisés uniquement sur la vérification des documents. Conséquence, le déséquilibre entre le contrôle et la régulation est flagrant.

Sur plusieurs carrefours, les agents attendent que les véhicules soient immobilisés par les feux de signalisation ou les embouteillages pour procéder aux contrôles, sans intervenir pour désengorger le trafic. Une approche jugée inefficace par les conducteurs approchés.

« On ne voit pas leur utilité dans la circulation. Ils contrôlent seulement les papiers, mais les embouteillages sont toujours là », déplore Jules, chauffeur de taxi opérant sur le tronçon Boulevard du 30 Juin – Kintambo Magasin.

Plus loin, sur le Boulevard Sendwe le long du stade Tata Raphaël, Jeannot, conducteur d’un véhicule personnel, regrette l’utilisation des herses, ces dispositifs de barrage routier, hérissés de pointes, destinés à être placés à terre pour crever les pneus de véhicules qui rouleraient dessus, communément appelés « Mbasu ».

« Plusieurs confrères se retrouvent avec des pneus crevés à cause de ces Mbasu. C’est illégal d’utiliser ces outils là, c’est illégal », maugrée-t-il à partir du siège avant de son véhicule. Certains agents font preuve « d’une attitude violente », regrette-t-il.

Des dérives dénoncées même par le ministre provincial des Transports Jésus-Noël Sheke à travers un communiqué publié au mois de février, évoquant notamment des cas de corruption, de concussion et d’abus d’autorité au cours de cette opération. Signifiant que certains fautifs ont déjà été identifiés, interpellés et déférés devant les juridictions compétentes. Quoique les dénonciations de conducteurs demeurent récurrentes. Ce qui renvoie à la qualité de l’encadrement et de la formation de ces agents.

Autre point noir, la qualité des véhicules en circulation. Malgré l’obligation de justifier le fait d’avoir passé son contrôle technique, de nombreux véhicules en état de délabrement avancé continuent de circuler sans inquiétude. Un paradoxe qui alimente les soupçons d’une corruption généralisée au sein des services de la ville.

Comment expliquer que des véhicules visiblement défectueux soient déclarés conformes ? Cette question revient avec insistance dans les discussions, jetant un doute sur la crédibilité de ce mécanisme de contrôle nouvellement mis en place.

Des recettes importantes, mais pour quels résultats ?

Plusieurs sources à la Division urbaine des transports renseignent que l’opération génère des recettes importantes pour le gouvernement provincial. Surtout qu’il faut compter les frais liés à l’obtention des documents, les amendes et les mises en fourrière. Cependant, les critiques sur l’absence de transparence sur l’affectation de ces fonds sont régulièrement enregistrées.

Pour de nombreux usagers, ces ressources devraient être investies dans l’amélioration des infrastructures routières dont l’état reste préoccupant, mais aussi dans l’érection des parkings quasiment inexistants.

Routes prises en charge par la ville dégradées, signalisation insignifiante, carrefours non aménagés… autant de facteurs qui contribuent également aux embouteillages.

Sur le terrain, le sentiment général oscille entre frustration et désillusion. Si l’initiative était saluée à son lancement, elle est aujourd’hui perçue par certains comme une opération davantage orientée vers la mobilisation des recettes que vers la régulation structurelle et durable de la circulation routière. « Nous payons, mais rien ne change », résume un autre conducteur engouffré dans un embouteillage sur l’avenue By-Pass à une centaine de mètres du Rond-point Ngaba.

Deux mois après son lancement, l’opération de contrôle routier MMPRR n’a pas permis de restructurer durablement les embouteillages à Kinshasa. La circulation reste difficile sur les axes principaux. Les agents sont présents mais très peu impliqués dans la régulation.

Des doutes persistent sur l’efficacité et l’encadrement du dispositif mis en place. Un réajustement urgent de l’opération MMPRR, l’accélération des vastes projets de mobilité urbaine pour la décongestion de principales artères de la ville et la modernisation des infrastructures existantes, sont attendues. Entre-temps, l’explosion démographique ne fait que se poursuivre.

Franck Mubeneshay et Tony-Antoine Dibendila

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