Quarante-huit heures seulement après les menaces publiques du secrétaire d’État américain Marco Rubio contre le Rwanda, le M23/AFC annonce son retrait de la ville d’Uvira : tout est devenu beaucoup plus lisible▪️
Aucun signe avant-coureur ne présageait un retrait « unilatéral » du groupe armé M23/AFC de cette ville stratégique d’Uvira, dans le Sud-Kivu, qui donne la possibilité de se mouvoir vers l’espace Grand Katanga. Sauf que depuis la chute de cette ville, au lendemain de la signature des accords de Washington entre Kinshasa et Kigali, tous les regards s’étaient tournés vers les USA, pays médiateur.
Dès le lancement de cette campagne armée par le groupe rebelle M23/AFC, le narratif américain s’est mis en branle, se débarrassant d’une manière excessive et, pour une première, de « sa langue de bois légendaire » sur la crise sécuritaire congolaise.
À l’ONU, l’ambassadeur US Mike Waltz s’est indigné de l’attitude rwandaise et a expressément présenté le président rwandais Paul Kagame comme l’un des « planificateurs et exécuteurs de la guerre de l’Est de la RDC ». Ensuite, le chef de la diplomatie américaine, le secrétaire d’État Marco Rubio – qui a personnellement présidé la cérémonie de signature de l’accord de Washington entre les ministres des Affaires étrangères de la RDC et du Rwanda fin juin 2025 – a jugé l’occupation d’Uvira comme « une violation flagrante des accords de Washington » par le Rwanda et a promis des « mesures » pour faire respecter les engagements pris par les parties.
Un détail semble être ignoré dans la cohérence de ces deux discours publics : nulle part les Américains ne citent le groupe armé M23/AFC comme auteur de la prise de la ville d’Uvira. L’approche américaine post-Accords de Washington est ainsi clairement établie : l’armée rwandaise et le M23/AFC ne représentent désormais qu’une seule et même entité.
La nouvelle approche qui rebat les cartes
Le malaise observé autour du communiqué de retrait rendu public par le M23/AFC, signé de la main de Corneille Nangaa, son coordonnateur – personnalité de premier plan de nationalité congolaise – n’est pas anodin. Le sous-entendu saute aux yeux : il est ici question de marquer plus de nuance sur « la congolité » du M23/AFC. Car, d’ordinaire, les communiqués de ce groupe sont signés par son chef de département de la communication, Lawrence Kanyuka.
Ce qui n’est guère le cas pour cette annonce de retrait qui, plusieurs heures après sa publication, n’est toujours pas relayée par le compte X officiel de ce dernier. L’inquiétude est palpable.
Outre l’unicité M23/AFC-RDF engendrée par le Processus de paix de Washington, manifestée ici par l’annonce de retrait alors que les USA ont exercé leur pression sur le Rwanda, les Américains viennent d’imposer la préséance des accords de Washington sur le Processus de Doha, lequel cadre les échanges Gouvernement RDC – M23/AFC.
C’est ici que les stratèges de Kigali ont été court-circuités, l’offensive sur Uvira devenant quasiment une bourde, une erreur stratégique monumentale. Si les pressions américaines sur Paul Kagame arrivent à elles seules à faire partir le M23/AFC de la ville d’Uvira – Nangaa le dit clairement dans son communiqué –, alors que les USA sont les médiateurs des Accords de Washington, cela sous-entend que les mêmes pressions peuvent faire partir ce groupe de toutes les entités conquises.
Alors, à ce stade, que reste-t-il du Processus de Doha ?
Certainement la mise en place de mécanismes pouvant conduire à l’aménagement plus ou moins acceptable des combattants et d’autres acteurs importants au sein de ce groupe.
Une vérité incontournable est que Kinshasa est désormais audible à l’international. Le Gouvernement de la RDC, s’étant rapidement tourné vers le médiateur américain après la chute d’Uvira, a en réalité pointé le Rwanda comme l’auteur de l’offensive ; pourtant, le Rwanda, par la bouche de son président devant son Assemblée nationale, a tout nié.
L’administration Trump, elle, a trouvé crédible la dénonciation de Kinshasa, menaçant Kigali de représailles. La suite, tout le monde la connaît désormais. Et les événements pourront assurément s’accélérer dans les prochains jours.
Tony-Antoine Dibendila
