L’ancien président de la République et sénateur à vie Joseph Kabila Kabange fait officiellement l’objet de poursuites judiciaires devant la Haute Cour militaire. Le Jeudi 31 juillet 2025, la greffière en chef Jeanne-Françoise Ngalula Mpiana a annoncé en audience publique que le Sénat a levé ses immunités parlementaires, autorisant l’auditeur général à engager des poursuites contre lui.
La décision intervient après la lecture, la veille, du réquisitoire du parquet militaire, accusant Joseph Kabila de soutien au mouvement rebelle AFC/M23, actif dans l’Est de la République démocratique du Congo.
Selon le parquet, un faisceau de preuves établit que l’ancien chef de l’État entretenait des liens avec le mouvement armé.
« Monsieur Éric Kumba a entendu Joseph Kabila confier à Corneille Nanga que le Rwanda allait tuer le président Félix Tshisekedi, mais qu’il suggérait plutôt qu’il soit chassé du pouvoir par coup d’État », a indiqué la greffière, citant le réquisitoire fondé sur l’article 120b du Code judiciaire militaire.
Le ministère public a également rappelé la tribune de Joseph Kabila au Sunday Journal, où il a reconnu que l’AFC-M23 représente “l’aspiration de la volonté des Congolais”, et dont la présence à l’Est a été « confirmée par des chaînes internationales. »
Lors de l’audience, la Haute Cour militaire a visionné plusieurs séquences vidéo présentées comme preuves par le parquet :
• une interview de Kikaya Bin Karubi, proche collaborateur de Kabila, réalisée aux États-Unis, dans laquelle il affirme que « les objectifs de la rébellion sont les mêmes que ceux du président Kabila » ;
• des images de discours publics récents de l’ex-président, dont un message à la nation en mai dernier, dans lequel il appelle la population à « jouer sa partition » et déclare être prêt à « faire la guerre » contre le pouvoir en place.
Le lieutenant-général Joseph Mutombo, premier président de la Haute Cour militaire, a confirmé que ces éléments vidéos constituent des preuves déposées par le ministère public.
Cette procédure marque une première dans l’histoire politique congolaise : jamais un ancien président n’avait été poursuivi par la justice militaire pour des faits liés à une rébellion armée.
Joseph Kabila et ses avocats devraient comparaître lors des prochaines audiences, tandis que l’opinion nationale et internationale suivra de près ce procès aux répercussions politiques majeures, alors que le pays est toujours confronté à l’instabilité dans sa partie Est.
Franck Mubeneshay
