Le procès très attendu de François Beya, ancien conseiller spécial du président Félix Tshisekedi en matière de sécurité, touche à sa fin. Poursuivi pour des faits présumés de complot contre la vie ou la personne du chef de l’État ainsi que pour outrage au président de la République, l’ancien haut responsable sécuritaire encourt une peine d’un an de prison ferme, selon les réquisitions prononcées récemment par le ministère public devant la Haute Cour militaire.
L’affaire remonte à février 2022, lorsque François Beya, alors personnage-clé du dispositif sécuritaire présidentiel, avait été arrêté de manière spectaculaire à Kinshasa par l’Agence nationale de renseignements (ANR).
L’arrestation avait provoqué une onde de choc au sein de l’appareil d’État, certains y voyant une purge politique, d’autres une réponse à des soupçons de trahison.
Le procès, ouvert en juin 2022, a connu de nombreux rebondissements et reports.
Au fil des audiences, les accusations ont été revues à la baisse : initialement évoqué, le chef de « complot contre la sûreté de l’État » n’a pas été retenu dans sa forme la plus lourde.
Le ministère public s’est finalement limité à des faits de complot contre la personne du chef de l’État, ainsi que l’outrage, une infraction jugée plus symbolique que stratégique.
Aux côtés de François Beya comparaissent quatre autres personnes, dont trois officiers issus des services de sécurité et un ancien collaborateur civil. Eux aussi sont visés par la même peine d’un an de prison ferme.
Les débats ont permis de mettre en lumière des divisions internes au sein du système sécuritaire congolais, ainsi que des rivalités entre anciens et nouveaux proches du président Tshisekedi.
Évacué vers la France en août 2022 pour des raisons médicales, François Beya ne réside plus en RDC depuis près de trois ans.
Bien qu’il ne se soit pas présenté physiquement aux dernières audiences, il reste représenté par ses avocats, qui dénoncent une procédure à charge, politisée et sans preuve solide.
Son état de santé demeure fragile, selon ses proches, qui plaident pour un classement de l’affaire ou une relaxe pure et simple.
Ce procès est largement perçu comme un épisode emblématique du tournant sécuritaire et politique du premier mandat de Félix Tshisekedi.
D’aucuns estiment que l’arrestation de Beya a marqué une volonté de reprendre le contrôle total des appareils sécuritaires longtemps dominés par des figures de l’ancien régime.
Pour les défenseurs des droits de l’homme, cette affaire illustre surtout le manque de clarté dans la gestion des conflits internes au sommet de l’État, ainsi que les failles dans l’indépendance de la justice militaire. La décision finale est attendue dans les prochains jours.
Si la peine requise reste relativement légère au regard des accusations initiales, le verdict sera scruté de près tant au Congo qu’à l’international, où François Beya conserve un réseau d’alliés et d’influenceurs de poids.
Franck Mubeneshay
