RDC : quatre mois après l’accord de Washington, l’ODEP alerte sur un enlis­ement sécuritaire et un risque de balkanisation

Quatre mois après la signature de l’accord de paix entre la République démocratique du Congo (RDC) et le Rwanda, le 27 juin 2025 à Washington, l’Observatoire de la Dépense Publique (ODEP) tire la sonnette d’alarme. Dans son communiqué n°034 publié le 6 octobre, l’organisation déplore une aggravation de la situation sécuritaire dans l’Est du pays, marquée par la progression du M23 et la perte de contrôle de plusieurs zones par l’État congolais.

Selon l’ODEP, les promesses de paix et de coopération régionale issues de cet accord « n’ont produit aucun effet concret sur le terrain ».

Au contraire, la situation s’est « sensiblement dégradée », avec une multiplication des zones de non-droit et des menaces sur la souveraineté nationale.

L’organisation parle d’une « paix de façade » et d’un « processus de balkanisation de fait », conséquence d’un accord jugé « déconnecté des réalités et des intérêts du peuple congolais ».

Pour l’ODEP, l’accord du 27 juin a plutôt favorisé une reconfiguration inquiétante des rapports de force au Nord-Kivu et au Sud-Kivu.

Les forces rebelles auraient consolidé leurs positions et instaureraient des restrictions d’accès dans certaines zones, menaçant d’imposer des « visas » pour les civils, journalistes ou humanitaires.

Cette situation, estime l’organisation, constitue une atteinte grave à l’autorité de l’État et renforce le sentiment d’occupation et de morcellement du territoire national.

L’ODEP rappelle avoir, dès juillet 2025, mis en garde contre plusieurs failles de l’accord, notamment l’absence de mécanismes clairs de retrait des troupes étrangères, l’ambiguïté sur la cogestion des ressources stratégiques, et la marginalisation du Parlement et de la société civile dans les négociations.

Dans son communiqué, l’ODEP fustige également la logique d’imposition extérieure qui a entouré l’accord de Washington.

Cette approche aurait, selon elle, accentué le sentiment d’humiliation nationale et la dépossession de la souveraineté congolaise.

« La paix véritable ne peut venir ni de Washington, ni de Kigali, mais du peuple congolais lui-même », souligne le texte, citant plusieurs figures historiques pour appuyer son propos, de Mandela à Gandhi.

Face à l’impasse actuelle, l’ODEP appelle à la convocation urgente d’un dialogue intercongolais inclusif et populaire, réunissant la population, les institutions, les partis politiques, la société civile, les chefs coutumiers et les confessions religieuses.

L’objectif, selon l’organisation, est de réévaluer complètement l’accord du 27 juin 2025 sous la supervision du Parlement et avec la participation des forces vives de la Nation.

En conclusion, l’ODEP réaffirme que la paix en RDC ne se construira « ni dans le silence des Congolais, ni dans l’ombre des puissances étrangères », mais dans le courage collectif du peuple à défendre sa souveraineté et à restaurer l’autorité de l’État.

Franck Mubeneshay

Parus récemment

En RDC, la première ministre Judith Suminwa appelle à la discipline communicationnelle au sein du gouvernement

La Première ministre de la République démocratique du Congo Judith Suminwa Tuluka, a exhorté...

Face aux sénateurs, Fwamba lève le voile sur la mise en œuvre du budget-programme, l’état d’avancement du FSI et l’opérationnalisation de la CNP

Le Ministre des Finances Doudou Fwamba Likunde Li-Botayi a été auditionné, samedi 13 décembre...

Dans la même rubrique