RDC : Dans une nouvelle correspondance depuis sa cellule, Constant Mutamba écrit à ses enfants et témoigne sa foi en l’avenir du Congo

L’ancien ministre de la Justice et président du parti Nouvelle Génération pour l’Émergence du Congo (NOGEC), Constant Mutamba, a adressé depuis sa cellule une nouvelle lettre poignante de cinq pages à ses enfants, dans laquelle il évoque sa détention, son état de santé, et surtout sa foi en l’avenir du Congo.

Cette correspondance, de ce dimanche 9 novembre 2025 et intitulée « À mes enfants », prend la forme d’un message paternel, mais aussi d’un véritable manifeste politique et moral.

Mutamba y raconte avec émotion les difficultés de sa détention et réaffirme son engagement pour « une justice juste et équitable » en République démocratique du Congo.

Dès les premières lignes, l’ancien ministre s’adresse tendrement à ses enfants :

« J’espère que vous êtes en bonne santé et que vous vous réveillez toujours à 4 heures du matin pour aller à l’école… Que vous n’avez pas oublié notre hymne national Debout Congolais et la prière du Notre Père. »

Mais très vite, le ton se durcit. Mutamba révèle être détenu « arbitrairement dans un lieu où [il] n’a accès ni au soleil, ni à la lumière, ni à l’air naturel ».
Il affirme payer le prix de son engagement :

« Mon seul tort a été de servir notre peuple et l’État avec sincérité, dignité et loyauté, en menant une lutte acharnée contre les réseaux mafieux qui minent le développement de notre pays depuis 1960. »

« L’acte de décès de la justice congolaise »

Dans cette nouvelle lettre, Mutamba va plus loin que dans sa précédente tribune manuscrite de 13 pages, publiée début novembre, où il réglait déjà ses comptes avec certains collaborateurs du président Félix Tshisekedi et dénonçait « le manque de solidarité gouvernementale ».
Cette fois, il parle de manière directe d’une justice « morte » :

« Ma condamnation injuste et illégale constitue l’acte de décès de notre justice, qui vient certifier la mort d’une justice jadis malade, devenue un instrument au service du plus fort pour des règlements de comptes politico-sociaux. »

Selon lui, les réseaux mafieux auraient « utilisé la justice pour [l’]éteindre moralement et physiquement », évoquant même plusieurs tentatives d’empoisonnement et la privation d’accès à ses médecins.

Malgré un ton accusateur, Constant Mutamba adopte dans cette lettre une posture de résilience.

Il se dit fier d’assumer le « chemin rocailleux » qu’il a choisi :

« Soyez forts, mes enfants. C’est le chemin de la lutte pour le changement et pour la justice juste et équitable. Je paie donc avec honneur et dignité le prix de cette lutte, sésame du développement de notre pays et de notre continent. »

Il appelle les Congolais à un sursaut patriotique et panafricain :

« L’avenir du Congo et de l’Afrique est prometteur, mais il exige de chacun de ses fils et filles un sens élevé de responsabilité. »

La lettre se termine sur une note d’amour et d’espoir :

« Tenez bon, mes enfants. Nous nous reverrons très bientôt par la grâce de Dieu et de nos ancêtres qui veillent sur vous et sur moi. Je vous aime et vous embrasse, mes champions. »

Cette nouvelle correspondance vient renforcer le discours de résistance de Constant Mutamba, devenu au fil des semaines l’une des figures politiques les plus médiatisées depuis sa condamnation.

Ses écrits, diffusés par ses proches sur les réseaux sociaux, s’apparentent désormais à un journal de détention, où s’entremêlent foi, douleur et conviction politique.

Dans un contexte où les institutions judiciaires congolaises sont régulièrement critiquées pour leur instrumentalisation, la lettre de Mutamba sonne comme un cri de détresse mais aussi comme une profession de foi.

Constant Mutamba, juriste de formation et ancien ministre de la Justice, a été arrêté et condamné en septembre 2025 pour des faits de détournement présumé des deniers publics.

Ses partisans dénoncent un « procès politique » et une volonté de l’écarter du paysage politique à l’approche des grandes réformes judiciaires et électorales.

À travers ses lettres successives d’abord une tribune de 13 pages, puis cette lettre de 5 pages à ses enfants, l’ancien ministre construit une image de victime politique et de défenseur d’une justice nationale indépendante.

Un combat qu’il semble décidé à poursuivre, même derrière les barreaux.

Franck Mubeneshay

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