Le procès historique de l’ancien président de la République, Joseph Kabila Kabange, s’est poursuivi ce jeudi 21 août devant la Haute cour militaire de Kinshasa, avec une série de plaidoiries à charge présentées par les avocats de la partie civile.
Au centre des débats, la République démocratique du Congo, représentée par ses conseils, a sollicité la somme colossale de 32 milliards de dollars américains à titre de dommages et intérêts pour les préjudices matériels, financiers et humains subis sous les mandats de l’ancien chef de l’État.
« Nous postulons 32 milliards à titre de dommages et intérêts pour indemniser la République. Il est venu au pouvoir sans jamais déclarer ses avoirs, même à son départ. Vous allez récupérer ses biens et les vendre aux enchères », a déclaré Me Laurent Kalengi.
Plusieurs avocats de la partie civile ont dressé un tableau sombre des conséquences attribuées à la gouvernance de Joseph Kabila.
Me Jean-Marie Kabengela a évoqué « la perte de deux aéroports, l’occupation de territoires par des rebelles, la privation d’éducation pour des milliers d’enfants, et les violences subies par les populations civiles ».
Dans sa plaidoirie, le même avocat a proposé la confiscation des biens du prévenu, mesure qu’il qualifie à la fois de peine et de sécurité publique, afin d’indemniser les victimes.
D’autres conseils sont allés plus loin, mettant en doute l’identité même de l’ex-président.
« Contrairement au ministère public, Kabila ne mérite pas d’être jugé comme Congolais, mais comme espion », a plaidé Me Kabengela, affirmant qu’il s’agirait en réalité d’Hippolyte Kanambe, un nom « caché sous le pseudonyme Joseph Kabila ».
L’avocat Me Samuel Dimwene a accusé l’ancien chef de l’État d’avoir « l’intention de nuire », citant des rapports d’ONG faisant état de milliers de morts.
« Il tue comme il respire… Il voulait même assassiner Félix Tshisekedi. Quand il y a plus de morts, le pays est désorienté et il a plus de chances de revenir au pouvoir », a-t-il soutenu, plaidant pour une condamnation immédiate avec arrestation et saisie de tous ses biens.
Ouvert à la Haute cour militaire de Gombe, ce procès inédit oppose le parquet général militaire à l’ancien président Joseph Kabila, poursuivi notamment pour participation à un mouvement insurrectionnel et crimes contre la paix et la sécurité de l’humanité.
Il s’agit de la première fois dans l’histoire de la RDC qu’un ex-chef de l’État est jugé devant une juridiction militaire, dans un dossier aussi sensible mêlant enjeux politiques, sécuritaires et identitaires.
Franck Mubeneshay
