La Cour d’assises de Paris a rejeté l’exception de compétence soulevée par l’ancien député et ex-ministre congolais Roger Lumbala, confirmant que les graves accusations de crimes internationaux portées contre lui peuvent être examinées en France. L’ancien cadre du RCD-K/ML, jugé pour crimes contre l’humanité, a par ailleurs lancé un appel public et poignant au président du Mouvement de Libération du Congo (MLC), Jean-Pierre Bemba, pour qu’il intervienne dans son procès.
La Cour a statué que le ministère public avait correctement vérifié, lors de l’ouverture des poursuites en 2021, l’absence de procédure devant la Cour pénale internationale (CPI) ainsi que l’absence de demande d’extradition valable de la République démocratique du Congo. Elle a ainsi jugé que des demandes ultérieures de la RDC ne pouvaient pas remettre en cause cette vérification initiale.
L’ancien chef de guerre, aujourd’hui détenu à la prison de la Santé à Paris, avait contesté la compétence de la cour française au 4eme jour de son procès, qui a débuté le 12 novembre 2025.
Parallèlement à ses contestations juridiques, Roger Lumbala a adressé une lettre à Jean-Pierre Bemba pour solliciter son intervention. Cette correspondance, transmise également pour information à plusieurs personnalités politiques congolaises, exprime l’inquiétude et la détresse de l’ancien responsable.
Dans sa lettre, Roger Lumbala affirme être poursuivi pour participation à un « groupement formé en vue de la préparation de crimes contre l’humanité » commis en Ituri entre juillet 2002 et 2003. Il s’est dit « surpris » et a vécu comme une « ignorance totale » le fait de n’avoir reçu aucune réaction ou appui du MLC et de Jean-Pierre Bemba.
L’ancien chef du RCD-K/ML a également affirmé mener une grève de la faim pour protester contre le déroulement de la procédure, évoquant un « état de santé déjà fragile » et estimant risquer « la peine maximale » sans soutien politique ou factuel.
Il dénonce par ailleurs le rôle d’ONG étrangères qui auraient, selon lui, recruté et financé des « compatriotes congolais venus à Paris pour témoigner contre [lui] ».
Roger Lumbala appelle publiquement Jean-Pierre Bemba à intervenir, en se manifestant auprès de l’ambassade de France ou de la MONUSCO, ou en donnant un témoignage par visioconférence.
Il a également élargi son appel aux « anciens cadres du MLC » susceptibles d’apporter un « éclairage essentiel » à son dossier. Il rejette toute responsabilité opérationnelle et insiste sur le fait qu’en 2002-2003, la RDC « n’avait ni militaire ni policier » sous son autorité et qu’il ne détenait aucun commandement opérationnel au sein de l’Armée de Libération du Congo (ALC).
Tout en affirmant que le témoignage de Jean-Pierre Bemba pourrait influencer le cours du procès et lui demande formellement de « faire diligence ».
Le procès de Roger Lumbala devant la Cour d’assises de Paris se poursuit, tandis que l’attente d’une réaction de Jean-Pierre Bemba et des cadres du MLC demeure.
Franck Mubeneshay
