Plus de 319 Congolais massacrés sans remords par le M23-AFC en Juillet 2025, selon l’Onu – Et moi qui croyais que l’Eglise était aux côtés des faibles… [Tribune de Tony-Antoine Dibendila]

ll est d’une évidence incontestable que le tandem CENCO-ECC, en marge du prochain dialogue national car il y aura bel et bien dialogue, ne puisse être le seul médiateur : l’irrésistible penchant notoire en faveur du proxy rwandais M23-AFC et de son parrain Paul Kagame délégitimise le tandem.

Oui, il y aura dialogue car toutes les parties, des forces politiques extrêmes aux rares conciliantes –allant du pouvoir à l’opposition armée en passant par les opposants non armés et les organisations de la société civile actives et celles dépourvues de crédibilité– sont d’accord pour la tenue des pourparlers politiques. Il faudra tout de même garder à l’esprit que l’enjeu demeure la répartition des portefeuilles de l’État, après l’échec admis de la tentative du renversement violent de la gouvernance Tshisekedi.

1. Pourquoi est-il incongru d’attribuer la médiation du dialogue au seul couple CENCO-ECC

En réalité, la démarche de la CENCO ralliée par l’ECC depuis l’avènement du Pasteur André Bokundoa Bo-Likabe à la Présidence de l’Eglise protestante, a beaucoup perdu en termes de crédibilité ces dernières années. Les raisons ?

1ère frustration. L’instauration de la gratuité de l’enseignement au niveau Primaire dès le premier mandat de Félix Tshisekedi, avec la remise dans le système éducatif de plus de 4 millions d’enfants congolais analphabètes selon la Banque mondiale, a coûté des millions de dollars à l’Eglise Catholique qui contrôle quasiment 3/4 des Écoles publiques. Une décision qui a également porté un coup, quoi que relatif, aux finances de l’Eglise protestante qui compte également plusieurs Écoles. Approche considérée comme « précipitée » et « contre-productive » en termes de l’amélioration de la qualité de l’enseignement pour les catholiques qui ont tenté un rapprochement des vues avec le Ministère de l’Éducation nationale (ex-EPST) pour minimiser les pertes, sans succès attendu.

2ème frustration. La Couverture santé universelle, programme déjà lancé dans son volet « gratuité de la maternité et prise en charge néonatale », est un autre programme, crucial pour la réduction de la mortalité maternelle et infantile avec à la clé plus de 2 millions de femmes et de nouveau-nés officiellement déjà pris en charge, mais lourd pour le portefeuille de l’Église Catholique.

3ème frustration. Les promesses de ramener la gratuité de l’enseignement jusqu’à l’Ecole secondaire représentent une menace de plus pour l’Église, qui ne peut mener un combat crédible face à ces réformes au regard de l’approbation qu’elles obtiennent à la fois dans le pays et auprès des institutions internationales.

Ces démarches, prises dans son ensemble, sont considérées par les puissants prélats catholiques bénéficiaires du système d’avant, comme un processus d’émiettement progressif de l’influence catholique dans le pays, un affront donc !

2. La réponse des Princes de l’Eglise

D’où, comme réponse stratégique : fragiliser le pouvoir de Kinshasa au nom de la Doctrine sociale de l’Eglise Catholique – « Nous devons être aux côtés des faibles, c’est-à-dire du peuple ». Ce que ces prélats à travers la CENCO savent bien faire, eux qui maîtrisent l’art de la mobilisation des masses congolaises. Sauf qu’à une époque, l’aura de l’opposition non armée était telle que l’Eglise surfait sur elle notamment en légitimant son discours, loin d’une quelconque proximité avec la rébellion, question de garder blanche l’image de la Sainte Église.

Aujourd’hui fragilisée, cette opposition n’arrive à tenir un discours résonnant et canaliser les énergies. La CENCO, privée d’un allié et rongée par l’insatisfaction de ces dernières années, aux côtés de l’ECC, s’est sentie dans l’obligation de polir sa démarche, quitte à braver les critiques, en la rangeant de manière inédite dans le sillage d’un mouvement armé violent : la rébellion pro-Rwanda M23-AFC est devenue à la fois l’espoir d’une frange de l’opposition non armée et celui de la toute puissante Église Catholique congolaise, dans la marche vers la tenue d’un dialogue national. La proximité de l’axe M23-AFC – une frange de l’Opposition non armée – CENCO-ECC, est si évidente qu’un myope peut la constater sans efforts.

3. Un panel de médiation plus large s’impose pour l’inévitable dialogue national

Dans un contexte de frustration du tandem CENCO-ECC qui a ouvertement choisi son camp, le cardinal Fridolin Ambongo Besungu estimant au Symposium des conférences épiscopales d’Afrique et de Madagascar (SCEAM) à Kigali que « le Rwanda inspire le monde entier » tout en témoignant « sa reconnaissance particulière et sa profonde gratitude au présent Paul Kagame » surnommé à Kinshasa « l’Hitler des temps modernes », bien que le Rwanda ne représente aujourd’hui que le mépris car frappé des sanctions économiques internationales de tous bords pour son banditisme économique avéré en RDC et le sang versé de « plus 6 millions de congolais » selon Donald Trump. Et que dire du porte-parole et secrétaire général de l’ECC Eric Senga qui démontre de la plus belle manière à chacune de ses sorties médiatiques, l’étroitesse de l’amitié qui lie le tandem CENCO-ECC au M23-AFC et au Rwanda.

Seul ce couple ecclésiastique ne peut ainsi mener ce prochain dialogue pour raisons d’équité, d’équilibre, de flexibilité, de convergence des vues et de bon sens. A défaut d’être considérée comme partie au conflit, la CENCO-ECC au regard de son envergure doit être un des membres d’un panel de médiation plus large qui inclut d’autres organisations religieuses crédibles et reconnues également pour leur penchant en faveur de Kinshasa comme l’Eglise de réveil du Congo (ERC), l’Eglise Kimbanguiste, l’Islam, ou les Églises autochtones… Aux côtés des experts de l’Onu, de l’UA, de la SADC, de l’EAC, et des pays amis choisis avec soin qui joueront le rôle d’observateurs pour plus de transparence.

4. Plaidoirie pour une Loi portant séparation de la religion et de l’État

La crédibilité des Églises qui représentent le sacré étant fortement diluée, notamment à cause des accointances politiques souvent malsaines et des immixtions dans les affaires de l’État, il est temps de sauver ce qui reste car la religion, dans un État comme la RD Congo dont les repères deviennent de plus en plus floues, doit préserver son image morale.

Les Églises doivent rester sans tâches et poursuivre leur rôle social, loin et alors très loin des affaires politiques. Si certaines nations ont accompli cette séparation avec succès comme les USA, la France, le Mexique ou encore la Nouvelle-Zélande, il est possible d’y arriver en RDC.

Voir les Princes de l’Église et les acteurs politiques se vautrer parfois dans les invectives, éprouve à la fois, la foi et la morale. Il est temps de « rendre à César ce qui est à César, à Dieu ce qui est à Dieu »◾

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