La politique monétaire menée par la Banque Centrale du Congo (BCC) pour faire apprécier le Franc congolais face au dollar américain, est désormais officiellement reconnue comme un facteur de baisse des recettes publiques. Une reconnaissance tardive qui met en lumière la fragilité de la coordination de la politique monétaire et budgétaire, et confirme les alertes répétées du professeur en économie Godé Mpoy.
Malgré ses réticences initiales, le gouverneur de la BCC André Wameso, a finalement concédé, fin octobre devant la Commission économique, financière et contrôle budgétaire (ECOFIN) de l’Assemblée nationale, que l’appréciation actuelle de la monnaie nationale entraînera une contraction des recettes de l’État.
Pour atténuer cette faiblesse, la BCC a avancé plusieurs mesures, notamment la suppression progressive des exonérations, la hausse de la Taxe sur la valeur ajoutée (TVA) due à l’augmentation de la consommation, et la compensation des pertes par la hausse des prix des matières premières à l’international.
Cependant, ces pistes n’ont pas réussi à rassurer, notamment le professeur Godé Mpoy, qui revient à la charge avec une analyse sombre : la suppression des exonérations risque d’étouffer les entreprises bénéficiaires sans garantir une hausse significative des recettes; la hausse de la TVA est illusoire dans une économie structurellement dollarisée et ralentie par les paiements irréguliers des agents publics; la compensation par l’augmentation du cours de matières premières reste utopique car en mai 2024 le cuivre se négociait à 10 800 dollars la tonne, sans que les recettes ne dépassent 9 milliards de dollars.
Une situation qui expose une « fragilité de la coordination » entre la politique monétaire de la BCC et la politique budgétaire du Gouvernement. Car forcer l’appréciation du Francs congolais sans simulation adéquate fragilise le cadre macroéconomique pour l’exercice budgétaire 2025, d’autant plus que les recettes fiscales sont alignées sur le taux de change.
Les conséquences de cette politique sont multiples : ralentissement des rentrées fiscales, difficultés potentielles de paiement des salaires publics, tensions dans les provinces dépendantes de taux de change désormais défavorables, et une pression croissante sur les opérateurs économiques.
Plus inquiétant, le recours aux réserves de change pour appuyer l’appréciation du Franc congolais est une pratique que Godé Mpoy qualifie de menace réelle contre le pouvoir d’achat et la stabilité de l’État.
« Les réserves de change sont l’équivalent de l’épargne pour les ménages et on y recourt qu’en cas de crise, alors qu’ici, scandaleusement, la BCC veut en faire un instrument d’appréciation monétaire. Cette méthode va épuiser nos réserves et relancer l’hyperinflation. La BCC dilapide nos 7 milliards de réserves de change sans tenir compte des conséquences polygonales néfastes », alerte-t-il, qualifiant la démarche de « suicidaire ».
Les conséquences annoncées d’une telle appréciation forcée sont d’ordre économique, social et politique.
Si le Gouverneur André Wameso appelle la population à raisonner désormais en Francs congolais pour profiter pleinement de l’appréciation, cet appel prouve avant tout que l’économie congolaise reste fortement dollarisée, rendant la réussite de sa politique monétaire incertaine.
Tony-Antoine Dibendila
