La Haute Cour militaire de la République démocratique du Congo a ouvert, vendredi 19 décembre 2025, le procès du lieutenant-général Philémon Yav Irung, surnommé « Tigre », poursuivi pour trahison, participation à un mouvement insurrectionnel et incitation des militaires à des actes contraires à la discipline.
La juridiction siège en matière répressive en premier et dernier ressort.
Lors de cette première audience, présidée par Joseph Mutombo Katalay, Premier président de la Haute Cour militaire, la procédure s’est limitée à l’identification du prévenu et à la lecture de la décision de renvoi.
L’auditeur général des Forces armées de la RDC accuse l’ancien commandant de la 3ᵉ zone de défense d’avoir entretenu des contacts avec une puissance étrangère, en l’occurrence le Rwanda, dans un contexte sécuritaire marqué par les violences du groupe armé M23 dans l’est du pays.
Selon l’organe poursuivant, Philémon Yav aurait servi d’intermédiaire dans la transmission d’un message attribué à un proche collaborateur du général rwandais James Kabarebe, laissant entendre une coordination préjudiciable aux opérations militaires congolaises.
Ces faits sont qualifiés de trahison et réprimés par le Code pénal militaire.
Le ministère public lui reproche également d’avoir tenu des propos visant à décourager un officier supérieur engagé au front, l’incitant à se soustraire aux combats.
Ces actes sont assimilés à une atteinte à la discipline militaire et à l’effort de guerre, infraction également prévue et sanctionnée par la législation militaire en vigueur.
Avant l’examen du fond du dossier, la Haute Cour militaire a procédé, conformément au Code judiciaire militaire, à la prestation de serment de plusieurs juges assesseurs issus des forces de défense et de sécurité.
Ceux-ci se sont engagés à juger en toute impartialité, sans haine ni complaisance, dans le strict respect de la loi et du secret des délibérations.
Nommé en 2020 à la tête de la 3ᵉ zone de défense des FARDC, Philémon Yav Irung avait sous sa responsabilité un vaste espace stratégique couvrant notamment le Nord-Kivu, le Sud-Kivu, l’Ituri, le Maniema et la Tshopo.
Son arrestation remonte à septembre 2022, soit près de trois ans avant l’ouverture de ce procès très attendu.
Sur le plan politique et médiatique, le nom du général Yav est régulièrement évoqué dans des débats liés à une supposée marginalisation de certains officiers issus de l’espace Grand Katanga.
Ces accusations ont toujours été rejetées par la hiérarchie militaire, qui affirme agir exclusivement sur la base de la loi, indépendamment de toute considération régionale ou ethnique.
À l’issue de cette audience d’ouverture, la Haute Cour militaire a renvoyé l’affaire à une date ultérieure. La prochaine audience est fixée au mardi 6 janvier 2025.
Franck Mubeneshay
