Faut-il changer la Constitution ? – «Le dernier mot revient au peuple», répondent Jean-Pierre Lihau et Patrick Muyaya

Au-delà des questions administratives et sectorielles, l’actualité politique brûlante s’est invitée au cours d’une conférence de presse tenue dans la soirée du lundi 18 mai à Kinshasa, initialement axée sur les enjeux et perspectives de la Fonction publique. Le vice-Premier ministre en charge de ce secteur Jean-Pierre Lihau, et le ministre de la Communication et des Médias Patrick Muyaya, se sont largement attardés sur le débat national autour d’une éventuelle réforme constitutionnelle.

​Face aux professionnels des médias, les deux membres du gouvernement ont tenu à recadrer les échanges, appelant à la fin de la personnalisation du débat et au respect du pluralisme d’opinions.

​Pour le vice-Premier ministre Jean-Pierre Lihau, la confrontation des points de vue est le propre de toute société démocratique. Loin de rejeter les objections de l’opposition ou des sceptiques, il a légitimé le droit de chaque camp à défendre sa position.

​« Je pense que le débat démocratique est utile dans une société. Ceux qui sont contre le fait qu’on veuille toucher à la Constitution ont raison de défendre leur point de vue. Et ceux qui sont pour que l’on puisse changer ou réformer la Constitution ont aussi raison de défendre leur position », a déclaré le patron de la Fonction publique.

​Rappelant qu’« en démocratie, nul n’a le droit d’interdire à l’autre d’avoir un point de vue », Jean-Pierre Lihau a insisté sur le fait que la décision finale n’appartiendra pas à la classe politique, mais aux citoyens congolais. « Seulement, le dernier mot revient au peuple puisque nous sommes en démocratie. C’est le peuple qui doit trancher. Ce n’est pas parce que c’est un homme politique qu’il peut venir aisément dire « vous ne touchez pas à la Constitution ». Personne ne peut également venir dire « nous touchons et personne ne doit dire quoi que ce soit », non. Chacun doit donner son point de vue et c’est au peuple de trancher. Et la Constitution prévoit des mécanismes à ce propos », a-t-il insisté.

​Abondant dans le même sens, le ministre de la Communication et des Médias Patrick Muyaya a déploré l’attitude de certains leaders politiques. Selon le porte-parole du gouvernement, la nécessité de réformer la Loi fondamentale a, par le passé, fait l’unanimité au sein de la classe politique, toutes tendances confondues.

​« Il n’est pas interdit de débattre sur la Constitution, mais il faut débattre dans un esprit d’écoute et de partage, et non comme certains politiciens qui défendent aujourd’hui la Constitution et changent de discours le lendemain », a regretté le ministre Muyaya.

​Il a notamment pointé du doigt les revirements observés dans l’arène politique : « La plupart des hommes politiques que vous connaissez, du pouvoir comme de l’opposition, ont demandé à une certaine époque des réformes constitutionnelles. Les voilà aujourd’hui jouer à l’hypocrisie; ils veulent personnaliser le débat sur la Constitution alors que celui-ci doit être basé sur la manière dont nous devons renforcer l’efficacité de l’État. »

​Pour le gouvernement, l’initiative de cette réforme ne doit pas être perçue à travers le prisme des ambitions personnelles, mais plutôt comme une opportunité d’adapter les textes aux réalités et défis contemporains de la République démocratique du Congo.

​Le ministre de la Communication a notamment évoqué un sujet sensible qui touche de Congolais de la diaspora. « Par exemple, qui ne sait pas que la question de la double nationalité pose problème actuellement, surtout pour nos frères qui vivent à l’étranger ? », s’est interrogé Patrick Muyaya, avant de conclure sur une note d’ouverture : « Il n’est pas question de personnaliser le débat. Au moment opportun, les réflexions doivent se baser sur la manière dont nous devons rendre plus efficace le fonctionnement de notre État. »

​Alors que les discussions autour de l’avenir de la Loi fondamentale continuent de cristalliser les passions à Kinshasa et à travers le pays, cette double prise de parole gouvernementale sonne comme un appel au calme, à la cohérence et à la maturité politique.

Tony-Antoine Dibendila

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