Le ministre burundais des Affaires étrangères a vivement contesté l’annonce du retrait des forces de l’Alliance Fleuve Congo (AFC/M23) de la ville d’Uvira, dans l’Est de la République démocratique du Congo, qualifiant cette déclaration de « mensongère » et l’attribuant à une stratégie visant à réduire la pression internationale exercée sur le Rwanda.
Dans une publication diffusée mardi 16 décembre sur le réseau social X, Édouard Bizimana a affirmé que ni les combattants de l’AFC/M23 ni les forces rwandaises ne s’étaient effectivement retirés de la ville.
Selon lui, cette communication viserait à induire en erreur la communauté internationale, notamment les autorités américaines engagées dans les efforts de médiation.
Il estime que Kigali chercherait avant tout à atténuer les critiques et les mises en garde croissantes émanant de ses partenaires.
Cette réaction intervient au lendemain d’un communiqué de l’AFC/M23 annonçant un retrait unilatéral de ses forces d’Uvira, ville stratégique du Sud-Kivu tombée sous son contrôle au début du mois de décembre.
Le mouvement armé a présenté cette décision comme un geste de bonne volonté destiné à appuyer le processus de paix de Doha, affirmant répondre à une demande de la médiation américaine.
Toutefois, l’AFC/M23 a assorti cette annonce de plusieurs conditions, notamment la démilitarisation de la ville, la protection des civils et des infrastructures, ainsi que le déploiement d’une force dite neutre chargée de superviser le cessez-le-feu.
Le groupe a également mis en garde contre toute tentative de reprise d’Uvira par les Forces armées de la RDC, les groupes d’autodéfense Wazalendo ou leurs alliés.
L’annonce du retrait est intervenue dans un climat diplomatique tendu pour Kigali. Les États-Unis ont récemment haussé le ton à l’égard du Rwanda, l’accusant de soutenir l’offensive du M23 dans l’Est congolais.
Le vice-secrétaire d’État américain, Christopher Landau, a qualifié l’attaque contre Uvira de « grave erreur », tandis que le secrétaire d’État Marco Rubio a évoqué une violation manifeste des accords de Washington conclus début décembre entre Kinshasa et Kigali.
La situation sécuritaire autour d’Uvira suscite également des inquiétudes au niveau régional.
Le Burundi a, avant même l’annonce du retrait de l’AFC/M23, accusé le Rwanda d’avoir mené des bombardements sur son territoire.
Devant le Conseil de sécurité des Nations unies, l’ambassadeur burundais Zéphyrin Maniratanga a affirmé que des frappes en provenance du Rwanda avaient touché la commune de Tshibitoke le 4 décembre, faisant des blessés parmi les civils.
Face à ces incidents, Bujumbura a prévenu que sa retenue avait des limites et s’est réservé le droit d’invoquer la légitime défense, conformément à l’article 51 de la Charte des Nations unies, en cas de nouvelles attaques.
La prise d’Uvira par l’AFC/M23, mouvement que Kinshasa et plusieurs partenaires internationaux accusent d’être soutenu par le Rwanda, ravive ainsi les craintes d’un élargissement du conflit dans la région des Grands Lacs, alors même que les accords de Washington étaient censés ouvrir la voie à une désescalade durable entre la RDC et le Rwanda.
FM
