Alerte rouge sur le projet d’Eurobond de 1,5 milliard USD de la RDC : vers un échec cuisant ? [Analyse]

Le projet du Gouvernement congolais d’émettre un Eurobond de 1,5 milliard de dollars pour financer des projets de développement, fait face à une mise en garde sévère d’un expert financier. Une note d’analyse, rédigée par l’analyste financier Aristote Igwandey Molanga, met en lumière plusieurs facteurs critiques qui pourraient compromettre le succès de cette opération financière ambitieuse.

Le projet vise à diversifier les sources de financement de l’État, une stratégie audacieuse pour mobiliser des fonds considérables.

Un Eurobond, ou euro-obligation, est une dette émise sur les marchés internationaux, généralement en devises fortes comme le dollar ou l’euro, pour attirer les investisseurs étrangers. Cependant, l’analyse d’Igwandey, basée sur des données macroéconomiques, soulève des inquiétudes quant à la capacité du pays à gérer cette nouvelle dette.

Selon l’expert, la République Démocratique du Congo est confrontée à une série de défis majeurs qui pourraient dissuader les investisseurs.

D’abord, la faible capacité fiscale de la RDC. En 2022, les recettes fiscales du pays ne représentaient que 12,5 % du PIB, un chiffre jugé insuffisant pour assurer le service d’une dette libellée en devises étrangères. Cette faiblesse budgétaire limite la marge de manœuvre du Gouvernement et soulève des doutes sur sa capacité à rembourser les intérêts et le capital de l’Eurobond.

Ensuite, sa dépendance extrême au secteur minier. L’économie congolaise repose lourdement sur ses exportations minières, qui représentent plus de 90 % de ses exportations globales et près de la moitié de ses recettes fiscales. Cette dépendance expose le pays à la volatilité des prix des matières premières à l’international, ce qui rend les recettes publiques imprévisibles et le remboursement de la dette, incertain.

Et aussi, la fragilité de la gouvernance financière et la corruption. La note technique pointe du doigt la fragilité de la gouvernance et le niveau élevé de corruption, en particulier dans le secteur minier. Ces facteurs, mis en évidence par des indicateurs internationaux, envoient un signal de risque aux investisseurs, qui pourraient s’interroger sur la bonne utilisation des fonds levés.

Enfin, la dépendance aux bailleurs de fonds multilatéraux. La dépendance de la RDC aux financements d’institutions comme le FMI pourrait faire naître des incertitudes chez les investisseurs. Cette situation pourrait être perçue comme un manque de capacité du pays à se financer de manière autonome, ce qui limiterait la confiance des marchés pour une émission de dette souveraine.

Toutefois, le Gouvernement congolais se montre confiant pour ce projet. Il met en avant les réformes engagées ces dernières années, notamment en matière de transparence, de discipline budgétaire et de bonne gouvernance. Ces mesures, selon le Gouvernement, sont des atouts solides capables de séduire les investisseurs internationaux et d’assurer le succès du projet.

Quoique l’analyse d’Aristote Igwandey Molanga met en garde contre les risques d’une émission d’Eurobond sans une amélioration préalable de la situation financière du pays.

Tony-Antoine Dibendila

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