La République démocratique du Congo a dressé un tableau alarmant de la situation sécuritaire dans la région des Grands Lacs, lors de la 10016ᵉ séance du Conseil de sécurité des Nations Unies présidée par la Russie, lundi 13 octobre à New York.
S’exprimant au nom du gouvernement congolais, Zénon Mukongo Ngay, représentant permanent de la RDC auprès de l’ONU, a averti que la région « ressemble à un volcan fumant susceptible d’exploser à tout moment » si la communauté internationale ne réagit pas face à l’agression du Rwanda et à l’expansion de la rébellion de l’AFC/M23.
Le diplomate congolais a dénoncé la non-application de la résolution 2773 du 21 février 2025, adoptée par le Conseil de sécurité, qui exigeait le retrait immédiat du M23 des villes de Goma et de Bukavu, ainsi que la fin de tout soutien militaire rwandais au mouvement rebelle.
« Huit mois après son adoption, rien n’a été fait. Le M23 continue d’occuper les territoires congolais et de renforcer ses positions avec le soutien de la Force de défense du Rwanda (RDF) », a-t-il regretté.
Kinshasa doute ouvertement de la volonté de Kigali d’honorer ses engagements pris dans les accords de Washington et de Doha, censés conduire à un cessez-le-feu et à un retrait progressif des troupes étrangères.
Pour appuyer ses accusations, M. Mukongo a détaillé une série de violations graves des droits humains commises par les rebelles depuis l’été.
Entre juillet et octobre 2025, plus de 570 civils congolais ont été tués, plus de 300 femmes violées, et des centaines de cas de torture, d’enlèvements et de recrutements forcés ont été enregistrés dans les territoires de Rutshuru, Tshanzu et Rumangabo, au Nord-Kivu.
Ces exactions, a-t-il dénoncé, « bafouent le cessez-le-feu réaffirmé dans la déclaration de principes de Doha du 19 juillet et l’accord de paix de Washington du 27 juin ».
Appuyé militairement par le Rwanda, le M23 a lancé en début d’année 2025 une vaste offensive lui permettant de prendre le contrôle de Goma, Bukavu et plusieurs zones stratégiques dans l’Est du pays.
Le mouvement a installé une administration parallèle, nommant ses propres dirigeants locaux et consolidant ses positions.
Face à cette avancée, deux cadres diplomatiques ont émergé :
• L’accord de Washington (27 juin 2025), signé sous médiation américaine, prévoyait un cessez-le-feu bilatéral entre la RDC et le Rwanda, le retrait des troupes étrangères et la neutralisation des FDLR ;
• Le processus de Doha, lancé par le Qatar, a abouti à une déclaration de principes et à un échange de prisonniers, mais les discussions se sont vite enlisées, chaque camp accusant l’autre de mauvaise foi.
En conclusion, l’ambassadeur Mukongo a salué les efforts diplomatiques en cours mais a insisté sur la nécessité d’un engagement ferme du Conseil de sécurité pour contraindre Kigali et le M23 à respecter leurs obligations.
« Les initiatives de paix sont louables, mais la sincérité du Rwanda et de ses supplétifs reste à prouver », a-t-il martelé.
Alors qu’un nouveau round des pourparlers est prévu cette semaine à Doha, la position congolaise reste inchangée : pas de paix durable sans condamnation explicite de l’agresseur et retrait total des forces étrangères du territoire national.
Franck Mubeneshay
